Le Khadi

 dans Cultures du monde, Histoires de tissage et de tressage, Tissages et tressages

Mis a l’honneur par Gandhi et les partisans de l’indépendance, on donne la dénomination de khadi tout tissu filé et tissé à la main en Inde avec du fil de coton, de soie ou de laine.Il est le symbole de la lutte pour la revalorisation de l’économie artisanale traditionnelle.

Pour bien le comprendre, il faut remonter en 1840,  où Calcutta, outre son rôle de capitale de l’Empire britannique, devint le plus grand port exportateur d’indigo. Pendant plus de cinquante ans, les cultivateurs furent exploités, maltraités, affamés, battus a mort a la merci des planteurs, des intermédiaires  sachant qu’il ne leur serait jamais rendu justice, la justice étant contrôlée par les planteurs. Des indiens libres avaient été transformés en esclaves. Si la négation du monde, et la passivité semblent être l’héritage de la pensée orientale et l’éthique l’apanage de la civilisation occidentale. il n’en arriva pas moins que les partisans de la Couronne ne défendirent aucune morale si ce n’est celle du profit et que les paysans indiens n’acceptèrent pas leur sort indéfiniment.

En 1859 éclata the Blue Mutiny, la Révolte de l’indigo. Les cultivateurs exsangues se soulevèrent en nombre.
Journalistes, missionnaires et intellectuels firent porter les cris de la révolte jusqu’en Angleterre. Les forçats de l’indigo venaient de montrer le chemin de la lutte contre la colonisation anglaise et pour l’indépendance.
C’est d’ailleurs au Bengale que naquit. fondé par les intellectuels indiens éduqués a l’anglaise. le mouvement Swadeshi, encourageant la consommation de produits indiens et le boycott des produits anglais, dont les tissus. A la fin du 19e siècle, les usines du Lancashire ayant racheté les surplus de coton américain à bon prix, le marché indien s’écroula. Les paysans planteurs de coton ne purent vendre leur production pour acheter le riz dont ils se nourrissaient. Une terrible famine s’installa, qui tua, dit—on, 25 millions d’Indiens. Déjà en |830, Lord Bentinck écrivait: “Les os des tisserands blanchissent les plaines de l’Inde”. Selon le Viceroy, jamais dans l’histoire la recherche du profit n’avait engendré une telle misère.

Disparition des artisans, fréquence avec laquelle les trains sillonnaient le pays, colporteurs de progrès sous forme de cotonnades anglaises. Il arriva que, dans ce pays qui avait toujours subvenu à ses propres besoins, Manchester habilla 8O% de la population masculine dans des bourgades du Tamil Nadu. Les innombrables fonctionnaires de l’administration avaient adopté les modes vestimentaires britanniques, comme les maharajas avaient adopté les gros souliers, les gants et les Rolls Royce. Les femmes restaient plus traditionalistes et leur choix évita le déclin du tissage des saris, même si jupons et «blouses», nouveaux accessoires de la pudeur, taillés volontiers dans des étoffes anglaises, avaient fait leur apparition sous le sari.
Trouvant son essor en I920 simultanément au Bengale et à Bombay, le mouvement Swadeshi réunit l’élite intellectuelle et tous les partisans de l’indépendance en un parti politique, le Congress, fondé en l885.Tagore, Aurobindo, Tilak, Nehru père et fils, Gandhi et des milliers d’autres allaient vouer une partie de leur vie a la lutte pour l’indépendance, dans la non—violence.

En l92l , la protestation se changeant en rituel, on alluma des bûchers, on jeta au feu les vêtements anglais. Gandhi, leader candide exhortant les foules, se dépouilla à jamais de son costume européen pour adopter le simple pagne de Khadi (coton filé et tissé a la main). Le parti du Congress, sur son drapeau, arborait un nouvel emblème : le rouet.
Dans ce combat que menaient les forces vives de l’Inde, le fil et le rouet avaient valeur de symbole, utilisés a la fois comme images sacrées et objets quotidiens, instruments de pérennité. Comme si l’Inde ne devait pas perdre le fil, l’ordre naturel de son évolution.
Gandhi était convaincu qu’on relèverait l’Inde en s’intéressant au sort de ses villageois.
Qu’il fallait refuser l’industrialisation, que les villageois pourraient vivre décemment s’ils retrouvaient une certaine autonomie,  si l’on recommençait a filer et à tisser pour les besoins du village. Dans sa lutte. il eut pour alliés et mécènes les nouveaux industriels indiens du textile qui, grâce au mouvement Swadeshi, virent leur production augmenter considérablement. Toujours sollicité pour de nouveaux combats pacifiques, le Mahatma partit pour un périple du Gujarat au Champaran dans le Bihar, à la suite d’un cultivateur d’indigo qui venait plaider la cause de ses compagnons d’infortune, exploités par les planteurs. Gandhi les aida en leur fournissant les armes de la négociation, leur offrant de participer à l’élaboration de la Constitution.

Lors des grèves des ouvriers du textile a Ahmedabad dont le patron Ambdal Sanbha était son ami intime, Gandhi soutint le mouvement. C est la, sous un banian, qu’il entama la première de ses légendaires gréves de la faim. Toujours à Ahmedabad.dans son ashram de la Sabarmati, il avait inauguré un programme de tissage visant à l’auto suffisance de la communauté. Refusant le fil provenant des filatures, il dut relancer l’usage du fuseau, et du rouet non sans quelques difficultés car les rouets avaient disparu de la région. Donnant l’exemple de ce qui, pour lui, deviendrait une habitude il se mit à filer jusqu’à sa mort. Chaque jour, il dédiera un moment a son rouet, arme divine… roue de la sagesse. ..

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